Entretien avec Layla Metssitane

Artiste multifacette, Layla Metssitane signe l’adaptation, la traduction et la mise en scène de Stupeur et tremblements, en plus de livrer le texte sur scène. Dans cet entretien accordé au Théâtre de Poche, l’artiste d’origine marocaine nous livre les dessous de son processus créatif.

Comment vous est venue l’idée de porter Stupeur et Tremblements à la scène ?
Layla Metssitane : J’avais lu le roman à 18 ans et trois choses m’avaient touchée alors: l’humour d’Amélie Nothomb, son regard sur les femmes et sa vision du monde du travail au Japon (les rapports hommes femmes). Je me destinais à l’économie, et j’étais très sensible à tout ce qui touchait l’univers codifié de l’entreprise. J’ai eu envie de porter cette parole à la scène, et de me l’approprier, car elle résonnait en moi sur de nombreux plans. Ma première tentative a eu lieu quand j’avais 20 ans, puis des années plus tard, Anne Delbée a ravivé mon envie de jouer ce texte. Il y a eu la création de La Compagnie Théâtre des Hommes, et depuis 2010, je n’arrête pas de voyager avec le spectacle, que j’ai adapté et présenté à Avignon. L’Alliance française et les Instituts culturels français l’ont ensuite pris sous leurs ailes: je l’ai déjà joué dans dix-sept pays.

En quoi consiste « l’appropriation » d’un pareil texte ?
L.M. : Je viens du Maroc et d’une culture arabo-musulmane où la condition des femmes est particulière et contestable pour certains. Dans la société nippone telle que la décrit Amélie Nothomb, on retrouve un traitement équivalent de la femme, objet de soumission, contrainte à obéir à des règles de comportements qu’elle ne remet pas en cause et qui peuvent sembler stupéfiantes à nos yeux d’Occidentaux affranchis. Ce glissement d’une culture à l’autre m’a semblé opportun pour ne pas entrer en conflit avec l’une des deux, mais simplement montrer que la femme recevait des traitements similaires au Japon et dans un pays musulman… Le code vestimentaire m’a paru aider à cette démonstration: je commence le spectacle en niqab, et le poursuis en tailleur avec un maquillage blanc traditionnel de l’esthétique japonaise.

Le Japon est-il présent dans votre mise en scène ?
L.M. : Ce qui me plaît dans la culture japonaise, c’est un art de vivre, un respect des coutumes ancestrales, très proche de ce que j’ai pu vivre au Maroc ; par exemple le rituel autour de la cérémonie du thé, que pratiquait ma grand-mère marocaine et qui est fondamental au Japon. Je me suis initiée à l’ikebana (la composition florale) qui m’a appris tout un vocabulaire gestuel devenu inhérent à la jeune femme que j’incarne. Ce qui m’attirait dans cette interprétation, c’était de mêler plusieurs identités culturelles en un seul personnage, capable d’en faire revivre plusieurs autres… Mais tout est concentré sur Amélie-san : l’environnement est très minimaliste ; et j’ai toujours essayé de rester dans la suggestion et la subtilité, deux caractéristiques propres à Nothomb.

Comment avez-vous conçu votre adaptation ?
L.M. : Je n’ai pas souhaité faire du roman une oeuvre théâtrale à plusieurs personnages, mais conserver la parole monologuée de l’auteur, qui devient la récitante et prend le public comme confident de son histoire. Toute mon adaptation se résume à une concentration du roman sur le personnage de l’auteur et sur celui de son interlocutrice, mademoiselle Fubuki-San Mori (dont le prénom signifie « tempête de neige »). Le spectacle est conçu comme un écrin ouvert sur deux volets : la femme d’une part, le monde du travail d’autre part. Le personnage en niqab du début échappe à sa condition en lisant Stupeur et Tremblements. Ce qu’on voit sur le plateau, c’est son imagination en action.

Comment le spectacle est-il reçu dans les différents pays dans lesquels vous le jouez ?
L. M. : Il m’a semblé évident que le Japon était le meilleur subterfuge pour évoquer ma propre culture musulmane. Chacune des sociétés peut se reconnaître en l’autre sans se sentir directement critiquée ; c’était le but de cette interaction. Amélie Nothomb a d’ailleurs immédiatement compris mon intention et m’a donné son accord ; elle a vu le spectacle et elle est contente de son cheminement… Stupeur et Tremblements rappelle Les Lettres persanes de Montesquieu dans cette intention de relativiser les principes qui régissent les sociétés occidentales en les confrontant à des regards ou à des contextes étrangers et révélateurs des différences.

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