Entrevue avec les créatrices de Nombre

Alexandrine, Claudiane et Krystel forment ensemble le collectif Alpha Charlie Kilo. Elles sont les trois créatrices du spectacle Nombre, dont l’adaptation pour le jeune public, une coproduction du Théâtre la Seizième et du Théâtre Catapulte, partira en tournée dans les écoles secondaires de Colombie-Britannique dès le 19 avril. Elles nous parlent de cette expérience participative unique pour les jeunes.

Pouvez-vous nous parler de la création de votre collectif, Alpha Charlie Kilo, et de votre démarche artistique?

Alexandrine, Claudiane et Krystel: Nous sommes trois créatrices passionnées par les êtres humains et la rencontre de l’autre. La création du collectif Alpha Charlie Kilo découle de notre envie de donner plus d’importance au public, de lui faire faire un acte créatif et ainsi l’intégrer davantage au processus. Nous souhaitons mettre de l’avant une grande force souvent négligée du théâtre; celle du rassemblement. Nous cherchons aussi à transformer la fonction du public en l’utilisant comme matière première, ainsi qu’à devenir porteuses de visions optimistes et à célébrer la beauté et les contradictions de l’existence humaine.

Alpha Charlie Kilo, d’où vient ce nom d’ailleurs?

A., C. et K.: Comme nous sommes des amoureuses des voyages et de l’ailleurs, l’utilisation de ce vocabulaire nous rappelle celui utilisé par les membres d’équipages des flottes aériennes, le code alpha international ou alphabet radio/phonétique international. Le A, le C et le K correspondent aux premières lettres de nos prénoms respectifs : Alexandrine, Claudiane et Krystel.

Nombre a d’abord été créé pour un public adulte avant d’être adapté pour le public scolaire. Comment est né le spectacle original?

A., C. et K.: Nombre est né de l’envie de créer un spectacle où les artistes accompagnent le public dans la création d’une œuvre. De plus, lorsqu’on assiste à un spectacle, on ne connaît rien de la personne qui est assise à côté de nous. On vit quelque chose avec l’autre, mais on demeure étranger. On avait envie de créer une œuvre qui pouvait enrichir cette réalité. Nous nous sommes donc rappelé une création spontanée que nous avions fait 10 ans auparavant. Le théâtre Périscope faisait des soirées Cartes Blanches théâtrales. Lors d’une de ces soirées, le défi lancé aux artistes était le suivant: les auteurs disposaient de 24h pour écrire un court texte de leur choix et les interprètes avaient 24h pour ensuite le mettre en scène. Nous avions reçu un texte de Maxime Robin qui était essentiellement une énumération de conseils d’une mère mourante à son fils. Nous avons donc décidé d’écrire chaque phrase sur des petits bouts de papiers numérotés et il était possible de lire sur ceux-ci différentes consignes à exécuter. Nous nous sommes transformées l’instant d’un moment en chefs d’orchestre et les spectateurs étaient nos instruments. Un magnifique ballet s’est créé sous nos yeux: les spectateurs étaient enchantés. Nous venions de créer la genèse du spectacle qu’on ne développera que 10 ans plus tard!

Le Théâtre la Seizième et le Théâtre Catapulte vous ont demandé d’adapter ce spectacle pour le jeune public. Pourquoi avez-vous accepté?

A., C. et K.: La création de notre spectacle est intimement liée à la raison de notre alliance: l’envie de parler du réel, de l’unir au fictif, de se connecter sans artifice, de donner naissance à un acte artistique qui sort l’élève de sa zone de confort. Parler de l’impact de la technologie et des médias sociaux chez les jeunes. En plus, avec la pandémie de la COVID-19, les contacts humains sont vraiment altérés. Nous avons vu l’impact du spectacle sur les jeunes présents lors des représentations en salle et tenions à entrer en contact avec eux.

Quels ont été les défis rencontrés dans l’adaptation de Nombre pour le jeune public?

A., C. et K.: Le spectacle cherche à créer de véritables liens momentanés entre êtres humains. Avec les normes sanitaires à respecter, nous avons dû revoir plusieurs moments. Puisque nous ne sommes pas dans le même espace tangible que les groupes que le spectacle rencontrera, il fallait réfléchir à une version plus technologique du spectacle, ce qui est à des milles de nos compétences… et surtout de notre désir premier de rappeler l’importance du contact humain, et ce, sans filtre. Simplifier au maximum l’installation technique tout en gardant la magie qu’on retrouve dans une salle dédiée aux arts est un sacré défi.

La pandémie a-t-elle changé votre façon de créer?

A., C. et K.: Oui et non. De grandes parties des versions antérieures de Nombre avaient été faites à distance puisque nous habitons dans des villes éloignées les unes des autres. La première partie de la création s’est donc bien passée. Ceci dit, on a toujours eu un moment à la fin des créations de chacune des versions pour se retrouver et créer tout l’aspect visuel du spectacle. Cette fois-ci, tout a dû être fait à distance. Ça a amené son lot de défis. Disons que nous devions avoir beaucoup d’imagination ! Aussi et surtout, ce sera un grand saut dans le vide de se sentir si loin de notre public pendant les représentations. Néanmoins, ça nous a obligé à répéter à distance sur Zoom, ce que les artistes qui dirigent la représentation devront faire de toute façon!

Votre but était de créer un spectacle qui permettrait aux gens de se rencontrer. Pourquoi est-ce important pour vous?

A., C. et K.: Les relations nous semblent aujourd’hui souvent biaisées par les différents médiums sur lesquels elles prennent vie. Nous voulions revenir à l’essence même de la rencontre, de la conscience de l’autre à nos côtés. Il est primordial d’être curieux de l’autre. Nous avons beaucoup voyagé et l’un des buts de la création de Nombre était de voyager avec ce projet afin de partir à la rencontre d’autres cultures. La pandémie freine un peu ce rêve, mais n’en reste pas moins qu’on peut faire de grandes rencontres n’importe où. L’important est de s’ouvrir à la différence, d’écouter, d’être disposé et curieux.

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