L’Âge est un Feeling : 4 questions à Siona Gareau-Brennan

Siona Gareau-Brennan mène un projet indépendant: traduire et créer en français Age is a Feeling, le solo acclamé de l’artiste ontarienne Haley McGee, qui a conquis le Festival Fringe d’Édimbourg en 2022. Aux côtés de Marie-Claire Marcotte, sa co-créatrice et metteuse en scène, Siona entreprend une première étape de création lors d’une semaine de résidence au Studio 16. Rendez-vous vendredi 21 novembre pour découvrir leur travail!

Age is a Feeling (le titre de l’oeuvre originale) aborde les tournants et les rituels de passage à l’âge adulte que l’on rencontre tout au long de nos vies, de nos 25 ans jusqu’à la fin. Pourquoi avoir choisi de traduire et recréer cette œuvre en français ?

Siona Gareau-Brennan (S. G.-B.) : Cette pièce de Haley McGee me touche énormément. Lorsque je l’ai lue pour la première fois, j’étais tellement émue; c’est comme si j’avais une vision très forte que je devais traduire et recréer ce texte et cette performance en français. J’ai tout de suite écrit à Marie-Claire (une amie et une artiste sublime qui m’inspire beaucoup) pour lui proposer de me rejoindre à la recréation de cette œuvre. Ce texte aborde l’idée de vieillir, ainsi que la mortalité, la vie et nos choix. Ce sont des thèmes qui me parlent énormément ces temps-ci. Je réfléchis aussi beaucoup à la création (théâtrale), l’art et la philosophie.

Je viens de lire un livre d’entretiens avec la chorégraphe et danseuse Anne Teresa De Keersmaeker. Il y un passage où elle dit: “Pour moi, l’art a une mission triple : premièrement la célébration, partager des grands moments de joie, être autour du feu ; deuxièmement la consolation, les moments de grande tristesse et de perte ; et troisièmement la réflexion : regarder le passé et imaginer un autre futur, un autre état des choses, un autre monde, une autre façon de se comporter. C’est triangulaire et les trois sont les choses de la vie, on peut les pratiquer en solitude et en communauté : célébration, consolation, réflexion.” C’est exactement ce que je ressens avec ce texte et ce projet. L’Âge est un feeling est une célébration, une consolation, une réflexion et je voulais partager ce geste artistique avec la communauté francophone. La forme de cette pièce est assez magique pour moi – et vertigineuse aussi! Il y a 180 combinaisons possibles de comment le show peut se passer, alors comme actrice, c’est un beau et gros défi.

 

Quels sont les aspects que tu t’attaches à travailler durant cette semaine de création? Qu’est-ce qui vous excite le plus, Marie-Claire Marcotte [metteuse en scène], Alexandra Caprara [scénographe et conceptrice d’éclairages], et toi ?

S. G.-B. : Je viens de parler avec un artiste de théâtre qui décrivait le processus de création d’un spectacle de théâtre comme une sculpture vivante en 3D. Je pense que ça nomme bien ce que nous voulons faire avec cette semaine de résidence de création. J’ai très hâte de créer, développer et apprendre un langage et une esthétique avec mes co-créatrices, Marie-Claire et Alexandra. La construction et la clarification de cette sculpture vivante ensemble m’excite. Cette semaine nous donne la chance d’être dans un territoire de recherche et de curiosité lors d’un dialogue en tant que collaboratrices. Nos objectifs pour cette première étape de création sont de faire de la recherche et des tests avec le concept de design, ainsi que des tests avec la performance et le rapport avec le public. C’est le public qui détermine comment le spectacle se déroule donc je suis curieuse du rôle des spectateurs comme co-créateurs en créant cette expérience théâtrale. Je pense qu’on va s’amuser!

 

Peux-tu nous expliquer comment tu procèdes dans ton travail de traduction de l’anglais vers le français ?

S. G.-B. : Le travail de traduction m’allume énormément et je trouve ça très stimulant. C’est comme faire un casse-tête. Pour moi, la traduction est une forme d’art. C’est beaucoup plus que simplement traduire les mots, c’est traduire l’univers de la pièce, les émotions, le rythme, la musicalité de Haley. C’est la pratique et l’art d’une compréhension – vraiment comprendre le texte, une lecture approfondie pour ensuite la transformer dans une nouvelle forme. En traduisant, je travaille avec Marie-Claire pour ancrer le ton conversationnel et ‘parlé’ de ce texte, puisque c’est moi qui vais le jouer. La forme est super intéressante parce que le texte est à la deuxième personne et souvent au conditionnel. C’est un travail minutieux, du peaufinage de la langue. Quel privilège de pouvoir creuser un texte comme ça! Je travaille surtout ma traduction dans mon salon à Vancouver, j’écoute de la musique classique, j’allume une chandelle et je regarde souvent les montagnes et les arbres de ma fenêtre. J’ai aussi travaillé cette traduction à Marseille, à Montréal et dans le ciel pendant des déplacements.

 

Le spectacle n’est jamais le même, puisque le texte est divisé en chapitres, et que c’est le public qui détermine les tournants que prend l’histoire (avec un choix de cartes qui correspondent à un mot). À quoi faut-il s’attendre le soir de la présentation ?

S. G.-B. : Ce rapport avec le public est une des grandes raisons pour lesquelles je voulais traduire et performer cette pièce! Je trouve cette relation fascinante. Le fait que ce soit le public qui décide ce qu’il va entendre est aussi en lien avec un de grand thème du texte : celle des choix et du destin. C’est intéressant parce que ça veut dire que le show est toujours différent et qu’aucun public n’entendra chaque histoire. Cela rejoint aussi une des plus belles idées de la pièce pour moi: celle que personne ne peut tout savoir au sujet de nos vies, même pas nous. À trois moments spécifiques pendant la pièce, le public choisit comment la pièce va se dérouler. Pour cette première étape de création, nous avons décidé de nous concentrer sur le premier tiers de la pièce, et nous allons laisser le public décider du chemin de l’histoire. Le soir de notre présentation, vous allez voir un début d’un travail de création, une première forme de cette sculpture vivante. Nous allons aussi avoir une petite discussion avec le public. Cela va nous aider avec nos prochaines étapes de création, en visant la première production francophone de cette pièce.

 

 

L’Âge est un Feeling sera présenté au public le vendredi 21 novembre au Studio 16. Réservez votre place pour assister à la présentation gratuite via notre billetterie en ligne.

Crédits photo: L’Âge est un Feeling/Siona Gareau-Brennan – Siona Gareau-Brennan par Matt Simpson

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